
Infections
Comment soigner naturellement le gardnerella ?

Zineb Sadki
Rédaction éditoriale, Santelle
Deuxième traitement en six mois. Vous reconnaissez cette odeur avant même de l'admettre, ces pertes grises qui reviennent alors que tout allait bien depuis quelques semaines.
Le Gardnerella forme un véritable bouclier bactérien dans le vagin, capable de résister à l'antibiotique c'est ce mécanisme, et non un manque d'hygiène, qui explique la plupart des récidives.
On vous explique comment il fonctionne, et surtout, ce qui a de vraies preuves scientifiques pour l'empêcher de revenir.
Le Gardnerella, c'est quoi exactement ?
Gardnerella vaginalis vit déjà chez vous. Cette bactérie est naturellement présente dans le vagin de nombreuses femmes, en petite quantité, sans causer le moindre problème.
Le souci commence quand elle prend le dessus sur les lactobacilles, les bactéries protectrices qui maintiennent l'équilibre du vagin.
Ce déséquilibre porte un nom : la vaginose bactérienne.
Elle touche entre quinze et cinquante pour cent des femmes en âge de procréer selon les études c'est l'infection vaginale la plus fréquente au monde.

A quoi ressemble le Gardnerella ?
Des pertes grises ou blanchâtres, plutôt fluides, avec une odeur de poisson qui s'intensifie souvent après un rapport.
Contrairement à une mycose, il n'y a en général ni démangeaison ni brûlure.
Pour poser un vrai diagnostic, votre médecin s'appuie sur deux outils précis :
les critères d'Amsel : un pH vaginal supérieur à quatre virgule cinq, une odeur d'amine au test à la potasse, des pertes homogènes et la présence de cellules particulières au microscope trois critères sur quatre confirment la vaginose ;
le score de Nugent : une coloration en laboratoire qui donne une note de zéro à dix. En dessous de trois, la flore est normale ; entre quatre et six, elle est intermédiaire ; au-dessus de sept, la vaginose est confirmée.
Pourquoi le gardnerella ça revient encore et encore ?
Vous suivez le traitement à la lettre. Et pourtant, trois mois plus tard, les symptômes sont de retour.
Ce n'est pas une question d'observance. C'est une question de biofilm.
Un bouclier qui résiste à l'antibiotique
Le Gardnerella construit une structure protectrice qui adhère fortement à la paroi du vagin un peu comme une carapace collective formée par plusieurs bactéries ensemble.
À l'intérieur, il produit une toxine, la vaginolysine, qui abîme les cellules.
Une étude en laboratoire a montré que la composition de ce biofilm restait quasiment inchangée même face à des doses croissantes d'antibiotiques classiques. L'antibiotique tue les bactéries en surface. Le biofilm, lui, tient bon.
Résultat concret : plus de la moitié des femmes traitées font une récidive dans les six mois qui suivent. Ce taux grimpe à environ soixante pour cent sur un an selon plusieurs synthèses.
C'est là que les approches naturelles trouvent leur vraie place : pas pour remplacer l'antibiotique, mais pour empêcher le biofilm de se reformer une fois le traitement terminé.
Où en est la recherche
Des chercheurs testent actuellement des endolysines. Ce sont des enzymes issues de bactériophages, capables de cibler spécifiquement le Gardnerella à l'intérieur du biofilm sans toucher aux lactobacilles voisins.
Une étude en laboratoire a montré qu'un de ces candidats réduisait significativement la quantité de bactéries vivantes dans un biofilm reconstitué. Ces pistes restent expérimentales.
Aucun traitement de ce type n'est disponible aujourd'hui.
Peut-on s'en débarrasser sans antibiotique ?
Non. Pas face à une vaginose confirmée et symptomatique.
Le traitement de référence reste le métronidazole ou la clindamycine, en comprimés ou en gel vaginal.
Leur taux de guérison à un mois tourne autour de 70% à 90%. Les remèdes naturels utilisés seuls n'atteignent en général pas une concentration suffisante pour percer le biofilm ni éliminer une charge bactérienne déjà installée.
Une nuance mérite d'être connue : environ trente pour cent des vaginoses non traitées se résolvent spontanément.
Ce chiffre ne doit jamais devenir une stratégie une vaginose bactérienne non prise en charge augmente le risque de complications, notamment pendant la grossesse.
Le rôle du naturel se joue ailleurs : après le traitement, pour éviter que tout recommence.
L'acide borique, ça marche vraiment ?
Vous avez peut-être déjà vu ce nom sur un forum, entre deux témoignages contradictoires. Voici ce que disent réellement les études.
L'acide borique est utilisé en gynécologie depuis plus d'un siècle, notamment contre les mycoses vaginales à répétition.
Il agit de deux façons : il abaisse le pH du vagin vers une zone acide hostile aux bactéries responsables de la vaginose, et ses propriétés antiseptiques contribuent à déstructurer le biofilm.
Plusieurs études cliniques appuient son usage en complément d'un traitement antibiotique :
Étude | Population | Résultat |
|---|---|---|
Reichman et al. | 58 femmes, vaginose récidivante | Amélioration clinique après un protocole en trois phases (antibiotique, puis acide borique, puis gel d'entretien) |
Étude à 105 participantes | Vaginose récidivante | 69 % de guérison à six mois, en association avec un antibiotique |
Essai TOL-463 | 106 participantes | 50 à 59 % de guérison clinique précoce (neuf à douze jours) |
Essai BASIC | Au moins 240 femmes | Compare directement l'acide borique au métronidazole, avec les critères d'Amsel et de Nugent |
Un essai en simple aveugle a également testé l'acide borique seul, sans antibiotique associé : l'effet existe, mais reste modeste comparé à une association avec le traitement de référence.
Côté tolérance, une analyse portant sur deux cent soixante-douze patientes utilisant l'acide borique au long cours rapporte une bonne tolérance globale et peu d'effets indésirables.
Le protocole le plus étudié : des ovules vaginaux à six cents milligrammes, insérés une fois par jour au coucher pendant quatorze à vingt et un jours, en relais d'un traitement antibiotique.
Trois précautions non négociables :
exclusivement par voie vaginale jamais en interne par voie orale, où il devient toxique ;
à éviter en cas de grossesse ;
à éviter en cas de plaie ou de lésion vaginale.
Parlez-en à votre médecin avant de commencer, surtout s'il s'agit de votre premier épisode.
Quel probiotique choisir contre le Gardnerella ?
Tous les probiotiques ne se valent pas. La souche compte plus que l'étiquette "flore vaginale" sur la boîte.
Le duo le mieux étudié
Le duo le mieux étudié en comprimés à avaler est Lactobacillus rhamnosus GR-1 associé à Lactobacillus reuteri RC-14. Ces deux souches ont la particularité de coloniser le vagin après un passage par voie orale et rectale.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Associé au métronidazole, ce duo a permis un retour à une flore normale chez quatre-vingt-huit pour cent des femmes traitées, contre quarante pour cent sous placebo.
Associé au tinidazole, un autre essai rapporte un taux de guérison de quatre-vingt-sept virgule cinq pour cent. Contre cinquante pour cent sous placebo.
Une limite à connaître
Un essai mené en Chine n'a pas retrouvé ce bénéfice. Ces souches, plus courantes dans les microbiotes vaginaux européens et africains, semblent avoir plus de mal à s'implanter chez des femmes chez qui elles sont naturellement absentes.
L'efficacité dépend donc aussi de votre terrain, pas seulement de l'étiquette du complément.
La piste vaginale : L. crispatus CTV-05
Une autre souche retient l'attention des chercheurs : Lactobacillus crispatus CTV-05, appliquée directement dans le vagin plutôt qu'avalée.
Un essai publié dans le New England Journal of Medicine, mené chez deux cent vingt-huit femmes après un traitement au métronidazole, a montré une récidive chez trente pour cent des femmes traitées contre quarante-cinq pour cent sous placebo, à douze semaines.
Ce produit reste toutefois expérimental, non disponible en pharmacie à ce jour.
En pratique, pour un complément accessible dès maintenant, les souches GR-1 et RC-14 en comprimés oraux restent l'option la plus documentée, à prendre en relais d'un traitement antibiotique.

Faut-il traiter son ou sa partenaire ?
Longtemps, la réponse a été non. Les recommandations de référence ne préconisaient pas de traitement systématique du partenaire, la vaginose bactérienne n'étant pas classée comme une infection sexuellement transmissible au sens strict.
Pour les partenaires de même sexe, la décision se prend au cas par cas avec votre médecin.
En résumé : premier épisode, pas besoin de traiter le partenaire. Récidives fréquentes et confirmées, posez la question à votre médecin les recommandations ont changé sur ce point précis.
Comment éviter que ça revienne ?
Le taux de rechute étant élevé, ce qui se passe après le traitement compte souvent plus que le traitement lui-même. Voici ce qui a un impact réel :
hygiène : toilette externe uniquement, produits au pH neutre, aucune douche vaginale elle perturbe la flore et augmente le risque de récidive ;
tabac et stress : deux facteurs qui fragilisent la flore vaginale ;
probiotiques ciblés : GR-1 et RC-14 en relais, après l'antibiotique ;
suivi médical : à partir de trois épisodes par an, un traitement d'entretien prolongé peut être prescrit, comme un gel de métronidazole deux fois par semaine pendant plusieurs mois ;
partenaire : à discuter avec votre médecin en cas de récidives confirmées.
Ce protocole se construit avec votre médecin, pas seul dans votre salle de bain. Chaque cas de récidive répétée mérite un ajustement individualisé.
Questions fréquentes
Quel est le traitement unique pour la Gardnerella ?
Non, il n'en existe pas. Le métronidazole et la clindamycine restent les traitements de référence, avec soixante-dix à quatre-vingt-cinq pour cent de guérison à un mois mais le risque de récidive reste élevé, d'où l'intérêt d'une stratégie de prévention en complément.
Quel probiotique contre la Gardnerella ?
Les souches GR-1 et RC-14 par voie orale ont le plus de données à l'appui, en relais d'un traitement antibiotique. La souche vaginale L. crispatus CTV-05 montre des résultats solides en essai clinique, mais reste peu accessible en dehors des essais.
Quels sont les symptômes d'une infection à Gardnerella persistante ?
Des pertes grises et fluides, une odeur de poisson accentuée après un rapport, généralement sans démangeaison. Le signe qui doit alerter : ces symptômes reviennent malgré un ou plusieurs traitements déjà suivis.
L'acide borique est-il sans danger ?
Par voie vaginale, aux doses étudiées, oui, dans la grande majorité des cas rapportés. Par voie orale, il devient toxiqueil ne doit jamais être avalé, et reste contre-indiqué pendant la grossesse.
Peut-on avoir une vie sexuelle normale en cas de Gardnerella ?
Oui, en dehors des épisodes symptomatiques actifs. Le temps que le traitement fasse effet, mieux vaut attendre et en cas de récidives fréquentes, parlez du traitement du partenaire avec votre médecin, une option désormais reconnue par les recommandations les plus récentes. Cette fois, vous savez ce qui se joue sous la surface : un biofilm qui résiste, un traitement qui doit s'accompagner d'une vraie stratégie de prévention. La prochaine récidive n'est pas une fatalité c'est une question à poser, avec les bons mots, à votre prochain rendez-vous.

Écrit par
Zineb Sadki
Rédaction éditoriale, Santelle
Zineb écrit et édite les contenus du blog Santelle, sur la santé intime et le microbiote vaginal.






